Bande-annonce du film Tout ce que tu possèdes de Bernard Émond, où il est question du poète Edward Stachura (en salle le 2 novembre).
Émond
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Persister à faire des films dans ces conditions tient du pari et de la prière. Le pari : que par le travail du cinéma il soit possible de parvenir à une véritable attention au monde ; la prière : qu’il se trouve encore des spectateurs pour librement accorder aux films réalisés dans cet esprit une égale attention et par là une même attention au monde. Le cinéma devient alors autre chose qu’une technologie du divertissement ou de la persuasion (pour ne pas dire de la propagande) : il devient une manière de regarder, de ce qui s’appelle vraiment regarder, une manière de s’appliquer à voir, à voir derrière, à voir au-dessus des choses, à voir ce qui ne se voit pas du premier coup d’œil, à voir ce qui est devenu invisible dans un monde encombré d’images. Voir ce qui est devenu invisible : la délicatesse des liens humains ; la profondeur d’un désarroi ; la beauté d’un visage vieillissant ; l’infinie subtilité d’une lumière matinale ; ce qu’il y a derrière les gestes du travail ; la vérité cachée d’un baiser, d’une caresse ; ce qui se passe quand on ne dit rien. Le détour par le cinéma me semble alors pleinement justifié : il nous arrache à notre aveuglement.
— Bernard Émond, « Avant-propos », Il y a trop d’images