Nous nous trouvons au monde, Faustin, et nous devons choisir. Devant multiples possibilités nous nous retrouvons sommé de choisir un chemin, mais nous ne savons jamais quel est le bon, du moins le meilleur chemin, et nous devons avancer avec l’incertitude vissée au corps, et nous nous retournons et voyons disparaître le chemin que nous n’avons pas emprunté, et nous imaginons comment ou vers quoi il nous aurait porté ; lorsque notre propre chemin devient impraticable nous sommes persuadé que l’autre chemin eût été meilleur, et nous savons que nous sommes idiot de penser cela. Tout chemin finit par être encombré de broussaille, de ronces et d’orties. Nous pensons que nous marchons vers la simplification alors que tout finit inexorablement par se compliquer, par bourgeonner, et nous creusons un petit trou où nous nous glissons, nous taillons la vermine et le chiendent autour de notre petit trou et laissons bourgeonner et pulluler le reste du monde, nous sommes de plus en plus fatigué et nous ne luttons finalement plus du tout, nous conservons notre petit carré, un seul petit carré, sans plus chercher à marcher ou à nous dégager, nous nous croyons encore à l’abri dans ce qui nous reste d’espace, en attendant que la fin survienne.
— Rémy Disdero, le Récupérateur