La paresse est la seule aventure que nous puissions encore courir en ces temps contrôlés.
— André Couteaux, Un monsieur de compagnie
La paresse est la seule aventure que nous puissions encore courir en ces temps contrôlés.
— André Couteaux, Un monsieur de compagnie
Il n’y a pas de règle, dit-il. Sauf peut-être une seule : qu’il ne faut pas trop travailler. Cesse de croire que la paresse est un défaut ; elle est, au contraire, la mère de toutes les vertus et non pas, comme on le prétend, de tous les vices. Parce qu’elle ne nous impose aucune contrainte, elle permet à nos vertus naturelles d’éclore et de croître dans une divine liberté. C’est par elle, et par elle seulement que nous réalisons de grandes choses : « Tout ce qui est divin est sans effort », affirmait déjà Eschyle. Oui, la paresse est divine en son essence. C’est le péché originel, n’est-ce pas, qui a condamné l’homme à gagner son pain à la sueur de son front ? J’en déduis, premièrement que l’état de l’homme avant le péché était celui de fainéantise, et deuxièmement qu’une pratique consciencieuse de la paresse ne peut que nous rapprocher de notre état originel de perfection. Cela est si vrai que les religions les plus vénérables interdisent tout travail le jour de la semaine qui est consacré à Dieu. Un musulman pieux ne travaille pas le vendredi, ni un juif le samedi, ni un chrétien le dimanche. Il semble donc que l’homme ne puisse offrir en hommage à la majesté divine que son seul repos. C’est là sans doute qu’il faut chercher la raison profonde de l’étrange paix que nous ressentons le dimanche, seul jour, en effet, où la créature a conscience de faire ce que veut son Créateur, c’est-à-dire rien.
— André Couteaux, Un monsieur de compagnie