De nouveau […], il sentait sa faiblesse devant le monde, il comprit qu’il était peu de chose, maigre et sans défense, qu’il n’avait rien des qualités qu’il admirait chez autrui. Il se rappela combien il avait pleuré dans sa jeunesse. Les instants d’exaltation au cours desquels il avait cru en son avenir repassèrent devant ses yeux et lui apparurent enfantins. Aujourd’hui, il avait dépassé la quarantaine. Il ne lui restait plus rien à attendre de la vie ni à regretter. Son existence était uniforme. Les années durant lesquelles sa petite réussite s’était effectuée lui semblaient insignifiantes. Ce qu’il avait laborieusement édifié s’effondrait.

— Emmanuel Bove, Un père et sa fille