Je sais pertinemment que je ne suis qu’un vieillard répugnant et couvert de rides. La nuit, avant d’aller me coucher, lorsque je me regarde sans dentier dans un miroir, je me trouve une drôle de figure. Mes mâchoires ne comptent plus une seule dent à moi, ni en haut, ni en bas. D’ailleurs je n’ai même plus de gencives. Quand je ferme ma bouche, mes lèvres collées forment une ligne mince sur laquelle mon nez pend quasiment jusqu’au menton. Et c’est bien là mon propre visage ! Moi-même je n’en reviens pas. Pas un être humain, pas même un singe, ne voudrait d’une figure aussi hideuse.
— Junichirô Tanizaki, Journal d’un vieux fou (trad. Cécile Sakai)