Il ou Je peu importe. Neige ou absence de neige un équivalent absolu. Tunnels de flammes, taïga, kolkhoze ou paysages de steppe même chose. Ici ou ailleurs une même pâte onirique. Épaisse ou fluide peu importe. Même chose pour l’immobilité et l’agitation, le présent proche ou le présent lointain. Même chose évidemment pour la vie tout court et la mort tout court. Une seule et même flambée. Qu’elle dévore rapidement ou non peu importe. Que les flammes brûlent ou fassent grelotter peu importe. Dans tous les cas une même cendre narrative. Il n’y a que des mots à mettre dessus pour que le paysage s’éclaire ou s’éteigne. Les vivants ou les morts mêmes personnages de théâtre. Théâtre ou rêve mal dirigé peu importe. Théâtre des survivants ou séance étrange d’agit-prop peu importe. Que j’aille ou que je vienne le lieu pour mes semelles ou mes griffes ne change pas. Que celui qui parle se taise ou déclame, les spectateurs n’existent pas ou sont les mêmes. Qu’il débite des énigmes maléfiques ou des charades puériles personne n’écoute sinon lui-même. Parfois il revêt un masque de charbon pour mieux dire le présent impossible. Parfois il hurle au cœur nucléaire du feu pour essayer de ravoir ceux qui sont vivants, ceux qui sont morts et ceux qui rêvent. Ceux ou celles. Bien que détenteur de tous les pouvoirs il n’arrive pas toujours à ses fins et se désole. Qu’il se désole ou se réjouisse peu importe. Pendant un moment, seules ses filles comptent, puis il s’en va. Parfois il gémit en tempête au profond du feu pour essayer de ravoir celles qui sont vivantes, celles qui sont mortes et celles qui rêvent. Puis il s’en va. Ses filles sont innombrables, il les visite de l’intérieur et souvent au fil des siècles il oublie leurs noms. Filles ou femmes une même pâte onirique destinée à satisfaire son corps ou ses masques. Que son corps se couvre de plumes ou d’écailles ou de peau humaine peu importe. Qu’il ressemble à un vent démoniaque, à un oiseau ou à un moujik inquiétant peu importe. Que les flammes me détruisent ou me construisent peu importe.

— Antoine Volodine, Terminus radieux