Tandis que je faisais cuire des haricots blancs avec des tomates en dés et des oignons, j’essayais de me résigner au fait que, pour la plupart des gens, lire n’est pas naturel, ni écouter de la musique, ni même se soucier de ce qui se passe ailleurs dans le monde. L’horizon de cette majorité doit demeurer, quoi qu’il arrive, visible, tangible et quotidien. Moi, au cours de mes promenades, si je revivais certains moments que j’avais partagés avec ma femme, cela ne m’empêchait ni d’être curieux des espèces vivantes qui m’environnent ni de compatir au sort des populations qui subissent des calamités de toutes sortes, des famines et des exodes parfois sans retour. Ce que je veux surtout dire, c’est qu’en me promenant ainsi sans but, au hasard des sentiers, ou en rêvassant, assis au bord du torrent ou dans ma cabane, jamais je ne me sentais seul ni l’âme désertée.
— André Major, À quoi ça rime ?