Comme nous en relirons fort peu, chaque livre que nous refermons est une époque de notre vie qui s’achève, si courte fût-elle, que nous laissons derrière nous et que nous ne visiterons plus que par le souvenir — un monde encore duquel nous sommes pour toujours bannis — bientôt nous n’en comprendrons plus la langue —, auquel ne nous rattache plus que le regret et la nostalgie. Les épisodes de notre existence ne sont jamais si nettement tranchés, leur fin n’est jamais si abrupte ; chaque volume lu contient comme une urne funéraire les heures qui ne reviendront plus. Le grand lecteur ne cesse de dire adieu à la vie.

— Éric Chevillard, l’Autofictif