S’il est dans le même état que moi ce matin Soti n’a sûrement pas envie de travailler, ça alors c’est envoyé.

Je me dis parfois que si j’écrivais dans une chapelle en écoutant de la musique japonaise j’y arriverais mieux mais je sais que c’est faux.

La beauté claire née du dehors n’arrange rien, au contraire, ne fait qu’exciter le noir intérieur, rend l’écriture encore plus douloureuse.

Je me dis : Comment puis-je chaque jour recevoir autant de beauté et ne pas être foutu de la restituer au titre de mienne vomissure ?

Que je vous explique :

Je me lève avec le désir de travailler, parce qu’au fond il n’y a que le travail qui vaille, je me lève avec ce désir et j’y tiens, je le retiens, je l’entretiens, j’y pense, je me prépare, une heure après je suis à pied d’œuvre, c’est trop tard, le désir s’est éteint.

Pourquoi, pourquoi, je n’en sais rien.

Sans doute ne suis-je pas fait pour être satisfait, me dis-je sur un ton qui franchement me dégoûte.

— Christian Gailly, l’Air